La plus jeune île de la Terre résiste à l’érosion et éclaire sur la formation des volcans de Mars

Vue en surplomb du cône volcanique de la nouvelle île de l’archipel des Tonga, Juin 2017
NASA / Damien Grouille / Cecile Sabau – Licence : DR

La vie d’une jeune île volcanique n’est pas un long fleuve tranquille et réserve bien des surprises comme l’illustre un volcan sous-marin dans l’archipel des Tonga qui a donné naissance à une impétueuse île dont l’espérance de vie ne devait pas excéder quelques mois. Suivie par satellite, la formation de cette île devrait aussi aider à mieux comprendre la formation des volcans… de la planète Mars.

Fin décembre 2014, un volcan sous-marin dans le Royaume de Tonga (Sud pacifique) donnait naissance à une nouvelle île dans une violente éruption de vapeur, de cendres et de matériaux volcaniques. Le panache de fumée atteignait alors 9 km d’altitude, perturbant le trafic aérien de la région. En janvier 2015, la toute nouvelle île, surnommée « Hunga Tonga-Hunga Ha’apai » faisait déjà 120 m de haut et s’était nichée entre deux autres îles volcaniques bien plus anciennes (la première a 150 ans).

Pourtant, la durée de vie de la plus jeune île de la Terre ne devait pas dépasser quelques mois, à cause de l’érosion marine qui dégrade rapidement ce nouveau monticule de cendres volcaniques. En effet, les îles volcaniques apparaissent brutalement comme en témoigne la formation d’un nouveau volcan au large de la côte méridionale de l’île de Hierro, dans l’archipel des Canaries, début 2011. Mais elles peuvent disparaitre tout aussi rapidement si elles en sont plus alimentées en matériaux volcaniques et que ceux-si sont trop tendres. Or, c’est le cas pour la dernière île de l’archipel des Tonga : elle est constituée de tuf volcanique, un agglomérat de débris volcaniques de très petite taille, très friable.

Au départ, les scientifiques, qui observent et suivent cette naissance n’était guère optimistes sur son espérance de vie : quelques mois, tout au plus. Mais le nouveau né n’a pas dit son dernier mot et continue d’évoluer et de se remodeler de sorte que sa durée de vie est maintenant estimée entre 6 et 30 ans. C’est aussi l’action des vagues et des courants qui transforment l’île : des falaises de cendres s’effondrent mais finissent par former un pont vers une île voisine… En mai 2016, le bord sud-est du cratère intérieur a été emporté par les vagues, laissant s’engouffrer l’océan à l’intérieur du cratère : le début de la fin pour la jeune île. Mais en juin, l’imagerie par satellite a montré qu’une barre de sable s’était formée, fermant le cratère. Un début de vie plein de rebondissements et qui se stabilisait quelque peu fin 2016.

Modélisation de l’évolution de l’île

En outre, la jeune île volcanique peut compter sur ses « grandes soeurs » : « l’autre chose intéressante est que les deux îles qui entourent cette nouvelle masse terrestre ont un substrat assez dur, il se passe donc quelque chose qui permet que cela se solidifie et reste en place, chimiquement, » précise Vicki Ferrini, géologue et co-auteur de l’étude présentée lors de la réunion d’automne de l’Union américaine de géophysique qui s’est tenue le 11 décembre 2017 à la Nouvelle Orléans.

L’île Surtsey près de l’Islande, née en 1963, a survécu à ses premiers mois car l’eau de mer réchauffée a interagi avec les cendres après l’éruption, transformant chimiquement la roche fragile et facilement érodée en une matière plus résistante. Le même phénomène pourrait être à l’oeuvre avec cette nouvelle île, ce que devrait confirmer ou infirmer une prochaine analyse chimique détaillée des échantillons de roche.

Au-delà de l’intérêt pour la géologie terrestre, l’évolution de cette île pourrait éclairer sur l’environnement et les conditions qui régnaient à la surface de la planète Mars lorsque l’activité volcanique était présente : « tout ce que nous apprenons sur ce que nous voyons sur Mars est basé sur l’expérience de l’interprétation des phénomènes terrestres« , a déclaré Jim Garvin, scientifique en chef du Goddard Space Flight Center de la NASA à Greenbelt, dans le Maryland. « Nous pensons qu’il y a eu des éruptions sur Mars à une époque où il y avait des zones d’eau persistantes en surface. Nous pourrions utiliser cette nouvelle île et son évolution pour tester si l’un de ceux-ci représentait un environnement océanique ou éphémère. »

Enfin, rappelons que de tels milieux humides combinés avec la chaleur des processus volcaniques, peuvent être des lieux privilégiés pour rechercher des preuves de la vie passée…

Article original:  https://www.notre-planete.info/actualites/302-formation-ile-volcanique-Tonga#SDFYj2lUDx2D6Tt6.99

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